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Jeudi, sacré Jeudi.
Jour 95. Nous commençons à peiner malgré notre foi mutuelle dans cette dure épreuve. Les vivres s’amenuisent (Inspecteur J. à la cantine xD) et certains renoncent déjà à persévérer, mais nous savons que nous avons uniquement fini la première partie du test. Le plus dur reste à venir ! On combat le vent hurlant et le froid tétanisant jusqu’aux portes battantes du bâtiment 7, et puis, vaincu par le mauvais temps, on laisse nos prunelles flamboyer un doux instant avant de retourner trimer. On s’engouffre dans la plaie du mur pour écrire encore et encore sur les costumes, les décors, les lumières… Et comble du comble, voilà qu’il faut parler de musique ! Alors on déballe le grand jeu, Ravel, Haendel, Tchaïkovski, tout le monde y passe devant les regards médusés d’élèves catastrophés devant l’orthographe des noms des compositeurs. Oh après tout, les « initiaux » suffiront !
On se réfugie ensuite en permanence, le CDI étant devenu le havre de parias et on critique l’administration. On vole les journaux pour écrire dessus, on prétexte un travail d’allemand pour regarder des reprises satiriques d’Erlkönig et on regarde l’heure passer. Sous le coup de l’ennui, tel un Fantasio exaspéré, on gribouille des tableaux d’avancement et on jette un œil sur le cours de statistiques. On décide d’ignorer et de faire quelques plongeons dans la mare aux Canards. On examine la taille des pains de la cafétéria et on regrette de ne pas avoir été moins nombreux. On mange avec morosité, le regard perdu dans les nuages cotonneux.
On s’interroge sur l’importance des commémorations et on déclare qu’être allemand ne serait pas si mal. On rêve de Stuttgart et de Nürnberg, des cadeaux qu’on achètera, des lettres qu’on écrira. On s’ennuie déjà à l’idée de visiter le musée de Mercédès Benz et puis on regarde la pluie tomber. On se réfugie une fois de plus en permanence et entre deux moqueries pour Monsieur Sac Multicolore, on admire J. tenir en équilibre sur une chaise à une patte. On crayonne le front de C., dans le vain but d’y écrire « La Poste » et on chantonne de Led Zep’ à Soundgarden, en passant par Kiss. On est curieux et on retourne disserter sur l’infâme et horrible roi bedonnant de Bavière. On écrit donc, regardant avec horreur le dossier sur le conte philosophique qui nous nargue du bureau. Joyeux Noël en prévision !
On attend sous la pluie. On rentre et on sourit. Un nouveau message. On regarde la météo de demain d’un air anxieux et on fait ses bagages. On prépare tout, jusqu’aux chocolats de l’Avant et on prépare son portefeuille. On rêve de promenade, de banc et de vents frisquets. On rêve de demain.. Pourvu qu’il ne pleuve pas.
Sonnez trompettes et clairons, car voici le héraut de sinistres jours lycéens ! L’épopée de ces terribles journées, où l’on apprend, en lisant son horoscope, qu’on deviendra prof de technologie, condamné à construire des porte-clés lumineux jusqu’à ce que mort s’en suive. Ces pénibles heures, où l’on se demande si le prof’ de physiques fait plus de bruit qu'un avion au décollage, quand il explique une sixième fois comment laver une pipette jaugée. Ces minutes qui semblent s’éterniser, alors que la sonnerie est proche ou ces secondes qui s’enfuient à tire d’aile, alors que quelques exercices nous séparent encore de la fin du devoir. Sept heures sonnantes et malgré le fait que Billie Joe Amstrong, refuse se de se réveiller avant September End, il a bien fallu m’extirper de mon lit et retrouver ce DM de maths qui m’attendait depuis samedi après-midi. Quelques barycentres plus tard, une tâche de chocolat sur la page de présentation et des brouillons sur tous les papiers présents témoignent encore du passage d’une tornade de 7 sur l’échelle de la double racine du trinôme (« Un peu de polymère de glucose ? – Oh non merci. ») ! Il est trop tard pour retourner au pays des songes et bien trop tôt pour se préparer aux Sentiers de la perdition. Et pourtant, malgré la fatigue et les crampes, on hisse notre barda sur le dos. On remplit notre sac de lourds manuels, qui ne nous serviront pas, mais qu’on doit avoir avec nous. On essaye de ne pas oublier la blouse et de ne pas se tromper de sorties sur la route. On se demande pourquoi il fait si froid dans le Nord, et certains vont même jusqu’à espérer de la neige. On regarde nos nouveaux emplois du temps avec une hargne dissimulée, on écrit sans comprendre des démonstrations de plusieurs pages, on prend la file de gauche à la cantine parce que « c’est meilleur ! » (Et plus lent, n’est ce pas H. & R. xD), on regarde le menu de la semaine (Frites, hamburger, knacks…). On se réjouit en se disant que finalement, on sera prêt pour ce DS d’histoire de mercredi : l’américanisation de l’Europe ! On fait des expériences avec des monomères, on chronomètre avec nos portables et on envoie des sms. On lit nos livres pendant les corrections, on écrit sur les béchers avec trop de précipitation avant d’entendre le prof sermonner que : « Celui qui écrit sur les tubes, il nettoiera la salle ! », on reçoit nos premières notes, et puis on s’en va, pas si tristes que cela, gardant nos blouses sur le dos. On sifflote sur le chemin, et on arrive en retard. On comprend pourquoi de plus en plus de jeunes deviennent sourds et on s’intrigue sur comment les savants ont pu greffer un microphone au palais de notre enseignant de chimie. On fait les tests PH avant tout le monde et on lève bien haut la main pour montrer la fiole jaugée à tout le monde (P. statue de la Liberté moderne ? =D). « On craque », on écoute le résumé de Roman de Gare, plusieurs fois, on écrit des lettres, on décide de faire des pétitions (Attention F. c’est du syndicalisme ça ! :D), on fait du français et on critique la politique, on explique la démocratie athénienne en allemand ( Félicitations M. xD), on fait de la poésie et on devient rêveur. On se met à hurler, les bras levés que : « Ich bin ein Berliner ! », les yeux encore pétillants d’avoir appris les subtilités de la pâtisserie ( Encore merci J. =P). Alors, on change de registre musical, on se remet en question et on poste des lettres… On se prépare psychologiquement à la session volley du lendemain, on se dit « au revoir », espérant de tout cœur se retrouver le lendemain. On se réinscrit à la musique et on cuisine. On mange tout seul et on regrette de n’avoir été là au départ d’autres. On compare nos téléphones et on parle d’informatique, on angoisse d’être jeudi après-midi et on raconte haut et fort que « la première S, c’est haut en couleurs ! ». On éteint la lampe de chevet et on ferme les yeux. * Gate 22 - Pascale Picard * * Friday I'm in love - The Cure * * Stairway To Heaven - Led Zepplin *