« L'oeil a-t-il disparu ? » dit en tremblant Tsilla.
Et Caïn répondit : " Non, il est toujours là. »
Alors il dit: « je veux habiter sous la terre
Comme dans son sépulcre un homme solitaire ;
Rien ne me verra plus, je ne verrai plus rien. »
On fit donc une fosse, et Caïn dit « C'est bien ! »
Puis il descendit seul sous cette voûte sombre.
Quand il se fut assis sur sa chaise dans l'ombre
Et qu'on eut sur son front fermé le souterrain,
L'oeil était dans la tombe et regardait Caïn.
« La Conscience », Victor Hugo, La Légende de Siècles
C’est décidé, fou un jour, fou toujours ! L’appel imminent du ciel grisonnant de l’hiver et de la plume encore fraîche sont venus à bout des dernières barrières ! Le Club des Savants Fous a vu le jour. Profitons de l’absence inopinée de J. pour introduire ce nouveau Vox. Après tout, il n’est peut-être pas trop tard, pour changer de statut. Pas fainéant, profiteur ! Niiiiah (xD) ! Mais trêve de plaisanteries, les idées germent comme les bourgeons au Printemps et le temps presse. « Owiii, je tiens à y participer ! », fut ma première réponse. Et c’est ainsi que débuta le premier conseil du CSF !
Enfin, après quelques suppositions quant aux règles fondamentales de ce nouvel ordre philosophique…
On aura tous les mêmes parapluies bariolés de questions rhétoriques ou d’interrogations sans queue ni tête, on portera de grandes blouses blanches pleins de trous (C’est que l’acide, ça tâche ! =P) et puis on fera du point d’exclamation la ponctuation obligatoire de toutes les phrases, de même que les virgules n’auront plus de places précises, on pourra les mettre partout, au début à la fin, en plein milieu d’un mot ! Démence ? Déraison ! Parce qu’au-delà de l’idéal scientifique et déplacé, c’est un véritable remaniement de la littérature qui s’opère. L’EN sombrera dans l’oubli et les enseignants seront enfermés, nourris à l’omelette verte des Canaries et auront pour seul compagnon de cellules un recueil complet des œuvres de Balzac.
On instaurera une loi, qui force les gens à parler le vrai Allemand et à manger du chocolat toute la journée. On bannira les Ronsard et Voltaire et on vouera un culte à Hugo. On ne comptera plus qu’en moles, même pour acheter son pain ou son journal et on se saluera d’un « Coin-coin » monotone en agitant de petits morceaux de papiers d’une main et des chaînes de l’autre. Un étrange rituel, n’est ce pas ?
« C’est bien la pire folie que de vouloir être sage dans un monde de fous. » Erasme, Eloge à la folie
Premier Conseil officiel, Mardi 30 Décembre 2008 ;
Membres présents : J. et… moi-même
"Si on volait la place de l'ONU ?"
"Owiii ! On formera l'ODSF* ! Et puis, on donnera les prix Nobel qu'à nos membres !"
"Evidemment. Il faudra créer le prix Nobel de mathématiques, aussi."
Il faudrait un nombre limité de sièges : un pour la réaction acido-basique, un autre pour le complexe sauteur, et puis deux ou trois pour les ions spectateurs, qu'ils puissent applaudir toutes nos réactions ! "
"On supprimera l'Education Nationale, on forcera les profs incompétents à manger de l'omelette verte et les récalcitrants seront condamnés à lire le Père Goriot et Voyage au bout de la nuit !"
"L'Hérésie linguistique sera à jamais éradiquée ! D'ailleurs à ce propos, où est ce qu'on va installer notre Conseil ? "
"Pourquoi pas au Mont Olympe, désormais deserté par les petits joueurs que furent les Dieux Grecs Antiques ?"
" Moui, c'est une idée ! Il faudrait le renommer. Le Mont Dauphin, par exemple, en hommage de ces petites bêtes affectives qui nous ont sauvés des îles Canaries. Et puis on érigera des remparts tout autour avec des vésicules synaptiques armées jusqu'aux dents. Personne n'osera approcher !"
"Owiiii. Ne pas oublier de brûler les facultés de lettres ou croupissent les médiocres ! On devra faire supprimer la biologie des programmes éducatifs, aussi. Et sélectionner les jeunes sachant communiquer avec les Nombres Complexes très tôt !"
" On fera du bourrage de crâneet on rendra la télévision publique. On fera du jus d'orange notre hydromel, que dis-je notre nectar ! On devrait aussi interdire les Discriminants et l'usage de formules archaïques comme Thalès ou Pythagore ! J'en frissonne rien que de prononcer leurs noms maudits ! "
"Ciel, ne dis donc pas de mal de Grands Noms des mathématiques, ce sont eux qui ont érigé notre culture, ils ont bâti notre Empire ! Tiens, nous devrions nous entourer d'ions spectateurs pour être applaudis à chacune de nos décisions !"
" Excellente idée ! Il faudra penser à bannir tous ces parias que sont les adorateurs de Sartre et Baudelaire.? Nous pourrions mener notre propre inquisition. Après tout, nous avons bien fait bâtir ce gigantesque palais à la gloire de Victor Hugo, je suis certain que nos confrères approuveraient cette sage décision. "
"Bien sûr, puisque Victor Hugo est le seul qui nous surpasse en grandeur. Il faudra d'ailleurs surveiller leurs oreilles profanes, elles seraient capables d'envoyer des ondes transversales à leurs contacts espions !"
" Il faudra nous méfier de la secte du complexe sauteur, ils sont de plus en plus dangereux. "
"Ah, quel bel avenir avons-nous devant nous ! Cher confrère, j'espère que nous nous retrouverons à la prochaine réunion. Puissiez-vous résoudre vos inéquations en toute quiétude jusqu'à là. Que l'ARN messager soit avec vous !"
" Et que les Lebkuchen aident à votre concentration et à votre scintillation chère consœur. Qu'Avogadro marche toujours à vos côtés ! "
* : Est hors de la compréhension du commun des mortels.
« Une petite flamme de folie, si on savait comme la vie s’en éclaire ! »
Oscar Wilde, Le Portrait de Dorian Grey
GREG KEYES – La Dernière Reine
Les Royaumes d’Epines et d’Os IV
« Et lorsqu’il s’est endormi, je me suis réveillé et j’ai trouvé le monde changé. »
Le Codex Tereminnam, auteur inconnu
Comment exprimer la magie qui traverse parfois la courbe des mots sans paraître sénile ou aliéné ? Comment exprimer la complicité qui peut naître entre une héroïne (Ou un héros) et un lecteur sans pour autant attiser les froncements de sourcils de nos interlocuteurs ? Comment expliquer que l’on peut ressentir la pâle fraîcheur d’un baiser ou l’acier d’une lame perçant nos chairs par la simple pensée ? Je n’ai souvenirs d’aucun autres livres, ayant induit un monde si parfait et si effrayant, qu’il nous en fasse ses réels habitants. La liste est longue pourtant, me direz-vous, mais ce sont parfois les encres les plus sombres et les plus ténébreuses qui font naître les univers les plus enivrants. A l’image des rêves d’Anne Dare, il persistera de ces lectures, l’image floue de souvenirs nostalgiques, d’étranges liens liés, sans vraiment en avoir la connaissance, avec ces « écrivains »de l’ère d’Everon. Un peu comme si de son trône, le Roi de Bruyère nous avait insufflé une part de son essence enchanteresse, comme un vague appel à nous remémorer, qui nous avons été et comment nous pouvons le redevenir.
Ainsi, reflet de la scintillation dont font usage les Mages et Sorciers de ce monde irréel et lointain, il me sera peut-être permis de vous entraîner à travers les paysages somptueux de la Crotheny, d’Eslen-les-Ombres à la Corne de la sorcière, du rocher de Skern aux vastes plaines d’Hansa et de pousser la promenade jusqu’aux vergers fruitiers de z’Irbina ou à la place forte de Dunmrogh… C’est là, en ces domaines insoupçonnés de toute pensée concrète, au cœur de cet empire en péril, ancien domaine des Skasloï, que vous pourrez laisser la douce brise marine fouetter votre visage ou l’odeur des vins entêtants narguer votre esprit. Aucune pensée ne vous permettra de retenir un pincement au cœur ou l’éclat d’une larme aux heures les plus tristes et le fin dessin d’un sourire sur vos lèvres aux heures de joie et d’exultation.
Et ce sera alors à vous, de suivre les aventures d’Aspar, le verdier, de Stéphane Darige, l’érudit au passé incertain, d’Anne Dare, l’impératrice aux pouvoirs grandissants, de Fend, le Chevalier de Sang ou de Neil, homme-lige de la reine Murielle. N’oubliez jamais que dans l’ombre des bois du Roi, dans chaque monceau d’abîme ou parcelle d’obscurité, Il attend, conscient de tout ce qui se passe et prêt à agir à la moindre erreur. Car, si autrefois on le nommait Détenu, aujourd’hui, il n’est plus prisonnier et rien ne retiendra son noir dessein.
Bon voyage...
« Et en son année 2223, l’ère d’Everon s’éteignit de façon abrupte et terrible. »
« Il me tarde tant que le jour se lève pour voir si tu m’as apportéééé tous les beaux joujoux que je vois en rêve et que je t’ai commandéééé ! ». Tino Rossi Off. C’est que, maintenant que Noël est dernière nous et que les papiers multicolores aux flots impétueux ont été jeté, il est temps d’exhumer tous nos beaux cadeaux. On finirait même par manquer de place pour les empiler. En avant la musique...
- Des livres, encore et encore, des Stephen King à se noyer sous tant de volumes (Ça, tomes 1 et 2 ; Cujo ; Simetierre ; Misery ; La tempête du siècle) et le dernier tome de la tétralogie de Greg Keyes - le cycle bien connu du Royaume d’Epines et d’Os-, La Dernière Reine ;
- Quelques habits aux couleurs grises ou noires, comme une chemise ou un pull chaud ;
- Les deux derniers tomes manquants à la collection de Black et Mortimer (SOS Météores & Le Rayon U) ;
- Et puis, mettons un peu de magie dans ce réveillon, un magnifique illustré sur les lutins de Faerie !
JOYEUX NOËL A TOUS !
Nous avancions, tranquillement, sous les étoiles ;
La lune oblique errait autour du vaisseau clair,
Et l'étagement blanc des vergues et des voiles
Projetait sa grande ombre au large sur la mer.
La froide pureté de la nuit embrasée
Scintillait dans l'espace et frissonnait sur l'eau ;
On voyait circuler la grande Ourse et Persée
Comme en des cirques d'ombre éclatante, là-haut.
Dans le mât d'artimon et le mât de misaine,
De l'arrière à l'avant où se dardaient les feux,
Des ordres, nets et continus comme des chaînes,
Se transmettaient soudain et se nouaient entre eux.
Chaque geste servait à quelque autre plus large
Et lui vouait l'instant de son utile ardeur,
Et La vague portant la carène et sa charge
Leur donnait pour support sa lucide splendeur.
La belle immensité exaltait la gabarre,
Dont l'étrave marquait les flots d'un long chemin.
L'homme qui maintenait à contrevent la barre
Sentait vibrer tout le navire entre ses mains.
Il tanguait sur l'effroi, la mort et les abîmes,
D'accord avec chaque astre et chaque volonté,
Et, maîtrisant ainsi les forces unanimes,
Semblait dompter et s'asservir l'éternité.
Le navire », Emile Verhaeren, Les rythmes souverains